Forterro est un éditeur de logiciels industriels, qui travaille avec de nombreuses entreprises de taille moyenne partout en Europe. Il s’intéresse donc de près à leurs préoccupations. Cette année, il a publié une étude intitulée « L’avenir numérique des entreprises industrielles de taille intermédiaire en Europe ». Ses clients y ont été interrogés sur toutes les questions liées à la transformation numérique telles que l’adoption du cloud, l’utilisation de l’IA, la cybersécurité ou encore le passeport numérique des produits. Nous nous sommes intéressés de près à cette partie. Précisons que les entreprises qui ont participé à l’enquête de Forterro (un peu plus de 1250) menée par Censuswide sont de taille moyenne (de 1 à 500 employés) et qu'elles œuvrent dans différents domaines d'activité. Mais les difficultés et les obstacles qu’elles rencontrent quant au DPP nous semblent riches d’enseignements, notamment pour les acteurs du marché de l’électroménager qui devront eux aussi se préparer.
Passeport numérique des produits : les entreprises sont-elles prêtes ?
Le passeport numérique des produits (DPP) entrera en vigueur progressivement à partir de 2027, d’abord sur les textiles, les batteries, les produits de construction et les appareils électroniques – d’autres secteurs viendront ensuite, comme l’électroménager. Dans son rapport d’étude concernant l’avenir numérique des entreprises en Europe, Forterro indique que seulement la moitié des entreprises industrielles européennes de taille intermédiaire sont prêtes pour le DPP. En cause : la complexité des exigences réglementaires, en particulier lorsqu’elles touchent aux questions environnementales, ainsi qu’un manque de moyens.
La moitié des entreprises européennes ne sont pas prêtes
Pour rappel, le DPP va être déployé progressivement ; il sera obligatoire à partir de 2027 sur un certain nombre de produits, faute de quoi ils ne pourront plus être commercialisés en Europe. Il découle en effet d’une décision de la Commission Européenne. Son but : assurer la traçabilité de chaque produit mis sur le marché, depuis sa fabrication jusqu’à sa fin de vie et même son recyclage ; l’étude de Forterro le définit comme un « registre numérique ».
Tout comme les géants de l’industrie, les entreprises de taille moyenne auxquelles s’intéresse l’enquête devront s’y conformer. Or, non seulement les industriels européens ne sont pas tous prêts mais à peine la moitié d’entre eux (49%) comprend ce qu’est ce passeport et ce qu’il implique. La moitié des entreprises disent se sentir préparées et 25% ignorent si elles sont prêtes.
En outre, l’étude de Forterro rappelle à juste titre que le passeport numérique concernera tous les acteurs œuvrant au cours du cycle de vie d’un produit : « quelle que soit la position d’une organisation dans la chaîne d’approvisionnement, il sera impératif de connaître cette initiative et de s’y conformer pour garantir la transparence, la traçabilité et la mise en place de modèles commerciaux circulaires ».
Si on s’intéresse aux résultats détaillés par pays, on remarque que le niveau de connaissance du DPP n’est pas homogène. Il est plus largement méconnu des industriels français que de leurs voisins européens : seules 38% des entreprises hexagonales savent de quoi il s’agit contre 61% en Suède ou encore 51% en Allemagne.
Les freins à la préparation au DPP
Lors de cette enquête, les entreprises du panel ont été interrogées sur les obstacles qui les freinent dans leurs initiatives pour se préparer au DPP. Les deux principales causes concernent la complexité des exigences et le manque de ressources pour assumer la mise en conformité – ces réponses arrivent en tête des raisons, ex-aequo (42%). Si l’on creuse encore un peu ces questions, les industriels européens estiment que les réglementations environnementales figurent parmi celles avec lesquelles il est le plus compliqué de se mettre en conformité – elles arrivent juste après les règles liées à la protection des données et au RGPD. Quant à la question des ressources financières, près de la moitié des entreprises déclarent prévoir de dépenser entre 21 500 euros et 42 999 euros pour ce poste (soit un peu plus de 32 000 euros en moyenne).
« Non seulement le fardeau réglementaire ne cesse de s’alourdir, mais il devient également plus diversifié et exigeant, et couvre tous les domaines, des données au développement durable » souligne l’étude de Forterro. Toutefois, plus de la moitié des entreprises sondées (51%) perçoivent la conformité comme un avantage concurrentiel avant tout. Elles sont autant à prévoir leurs investissements technologiques en conséquence.


