Alors que l'édition 2025 de la REuse Economy Expo s'était déroulée au Parc Floral de Paris Vincennes, l'événement a élu domicile dans l'un des pavillons de Paris Expo à porte de Versailles. C'était plus grand et à certains égards un peu plus "impersonnel". Le bon côté, c'est que l'on avait largement la place pour circuler dans les allées. Mais dans ces circonstances, il était un peu difficile d'évaluer la fréquentation. À notre arrivée le premier jour du salon à 9 h, à l'ouverture, nous avons été un peu surpris de voir certains stands encore vides de leurs exposants et d'autres en cours de finalisation. Cela n'est certes pas rare sur ce type d'événement mais cela constrastait avec la précédente édition où nous avions dû patienter dans une longue file pour entrer. Au bout d'une trentaine de minutes, nous avons été rassurés de voir les allées se peupler et également - surprise - un certain nombre de confrères arriver, dont certains journalistes de la presse grand public. La venue le matin d'Emmanuel Macron et des anciennes ministres Barbara Pompili et Agnès Pannier-Runacher n'y était sans doute pas étrangère. Cela a eu le mérite de mettre un coup de projecteur sur le salon et plus largement sur la thématique du réemploi.
REuse Economy Expo : les filières coopèrent pour porter le réemploi à l'échelle supérieure
La seconde édition du salon REuse Economy Expo vient d'avoir lieu cette année à Paris porte de Versailles. Pendant deux jours, des acteurs d'univers très différents tels que les équipements électriques et électroniques, les emballages ou le bâtiment se sont intéressés au développement du réemploi. Avec une question centrale : "comment passer à l'échelle ?". Quels leviers activer pour le généraliser voire l'industrialiser ? Voici quelques pistes et réflexions collectées lors de notre passage sur cet événement.
Plus de secteurs représentés et un salon qui assume sa dimension européenne
Le salon qui entend s'imposer comme le principal événement dédié au réemploi s'est encore élargi cette année. Lors de la précédente édition, les équipements électriques et électroniques (3E) avaient fait leur entrée. En 2026, deux nouveaux univers étaient représentés : le bâtiment/construction et le textile.
Nous avons aussi eu l'impression que la REuse Economy Expo était en train de réaliser sa mue pour passer à l'échelle européenne. D'une part, les exposants étrangers étaient un peu plus nombreux (notamment dans le village Cirpass 2 dédié au passeport numérique). D'autre part, dans les allées, nous entendions beaucoup parler en anglais voire dans d'autres langues - bien plus que l'année précédente.
La langue de Shakespeare était aussi de mise lors de certaines prises de parole. Au passage, nous avons à nouveau beaucoup apprécié la qualité des conférences, nombreuses, riches en questions et en idées, regroupant des interlocuteurs d'horizons divers et parfois de filières différentes.
Des acteurs variés, toujours ; de l'émulation, encore
Nous avons échangé avec une bonne partie des exposants présents sur le village des 3E, principalement ceux dont l'activité a un lien avec l'électroménager. Leurs motivations à exposer étaient diverses : rechercher de nouveaux partenaires commerciaux, développer des synergies, échanger avec des partenaires actuels voire avec des concurrents, chercher des offres ou des solutions pour compléter leur modèle... Tous ont été unanimes, qualifiant souvent ce salon "d'incontournable" et se réjouissant de la présence d'interlocuteurs "qualifiés".
L'ayant expérimenté l'année dernière, nous avons été un peu moins surpris de voir se côtoyer sur des stands voisins petits artisans comme grandes entreprises, des industriels aux côtés d'acteurs de l'économie sociale et solidaire, associations, fédérations, distributeurs, réparateurs, reconditionneurs, éco-organismes... Nous avons eu la même impression d'émulation, d'échanges passionnés, de coopération entre acteurs de la filière EEE - voire avec d'autres filières.
Lors de salon, nous avons retrouvé des acteurs que nous avions déjà rencontrés en 2025, comme les éco-organismes Ecologic et ecosystem, GS1 France, Planet Repair, Doneo, Envie, Arianee, Cordon... Nous avons aussi croisé le Club de la durabilité qui était cette fois présent sur le village des 3E (dans l'univers conseil l'année précédente). Parmi les nouveaux venus, il y avait certains acteurs bien connus de notre secteur comme Fedelec, Reconomia ou encore l'ANRH.
Le passeport numérique de plus en plus présent, de même que les batteries
Le DPP (passeport numérique des produits) était plus mis en lumière que l'année dernière. Cela n'est pas surprenant dans la mesure où la réglementation entrera en vigueur en 2027. Des entreprises de différents pays d'Europe étaient venues présenter leur solution de QR code ou de plateforme logicielle.
Certains en profitaient pour promouvoir d'autres services car si le réglement sur l'écoconception ESPR va imposer un passeport numérique, auquel on pourra accéder via un QR code, cet étiquetage peut aussi être l'occasion d'héberger d'autres données, liées à la réglementation ou pas.
Signalons en outre dans le village dédié aux EEE la présence d'un certain nombre d'acteurs œuvrant dans l'univers des batteries - logique dans la mesure où ecosystem, partenaire majeur de l'événement, est désormais agréé pour la gestion des batteries (depuis l'été 2025).
Principaux constats et questions en suspens
Ayant échangé avec de nombreux exposants puis assisté à un certain nombre de conférences et tables rondes, nous en avons retenu quelques constats, questions non résolues et pistes de réflexion.
Pour commencer, bon nombre de nos interlocteurs nous ont fait remarquer que contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, le réemploi est plus développé en France que dans les pays voisins : des solutions existent, en nombre et souvent plus matures.
Au-delà du constat que le réemploi se développe, que ce soit à travers la réparation, la réutilisation, le reconditionnement, le remanufacturing... il faut désormais réfléchir à des manières de les déployer, de les faire "passer à l'échelle" pour systématiser la circularité.
Dans le domaine des EEE et notamment au sujet de l'électroménager, le gisement d'appareils réemployables décroît en quantité et en qualité - ce qui menace notamment les activités des ESS. Plusieurs causes ont été identifiées : la revente entre particuliers qui se généralise quand les appareils sont encore en état, l'attrait d'acteurs de plus en plus nombreux et divers pour ces appareils reconditionnables et surtout, le pillage par des filières clandestines. La question du partage du gisement demeure, même si certaines initiatives ont déjà été mises en place comme le service de collecte gratuite à domicile "Je donne mon électroménager" (ecosystem). Il est nécessaire de trouver des solutions.
Certaines questions restent en suspens, notamment celle du modèle économique, qui a été beaucoup questionné. Comment rendre le réemploi économiquement viable ? L'exemple a plusieurs fois été pris du reconditionnement de gros électroménager. Organiser la collecte des appareils, les trier, poser un diagnostic et les réparer a forcément un coût. Alors même qu'une fois proposés à la revente, ces équipements reconditionnés subissent la concurrence de produits neufs vendus à bas coût, souvent mis sur le marché par des marques chinoises. Cela fait partie des freins au déploiement du réemploi.
Parmi les pistes évoquées, le DPP. Il n'est pas seulement attendu comme un élément de réassurance pour les consommateurs ; il constituera également une aide précieuse pour les techniciens. Ils gagneront beaucoup de temps car en scannant le QR code, ils connaîtront l'âge du produit, son historique, d'éventuelles pannes précédentes... L'IA fait également partie des solutions évoquées pour faire gagner du temps lors de l'étape de diagnostic. Enfin, autre piste encore peu explorée et même sous-exploitée : le développement des PIEC (pièces détachées issues de l'économie circulaire) qui pourrait faire baisser les coûts et augmenter le réemploi. Dans ce domaine aussi l'intelligence artificielle pourrait avoir un rôle à jouer.


