, par Alexandra Bellamyhttps://www.linkedin.com/company/neomag/
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Après des années difficiles et des tergiversations autour d’un rachat par Amazon qui s’est soldé par un échec, iRobot a déposé le bilan. La société a ensuite été cédée à Picea, son partenaire chinois de longue date qui produisait les Roomba. La marque a récemment annoncé sa sortie du « chapitre 11 » et de nouveaux aspirateurs robots. Mais nous ne pouvons nous empêcher de nous interroger sur un point : au vu du retard technologique accumulé au fil des ans, l’ancien leader de la robotique domestique peut-il revenir dans la course ?
iRobot sort du « chapitre 11 »
Il y a quelques mois (courant janvier), iRobot a annoncé par la voie d’un communiqué de presse la finalisation de son rachat total par les sociétés Shenzhen PICEA Robotics Co., Ltd. et Santrum Hong Kong Co., Limited, regroupées sous le nom de Picea. La transaction a été supervisée par le tribunal mais aucun montant n’a été officiellement dévoilé ; nous savons néanmoins qu’iRobot avait accumulé une dette importante vis-à-vis de son partenaire. Dans son communiqué, la marque précise en effet que Picea, qui agissait comme « principal fabricant sous contrat et créancier garanti de la Société », lui a fourni « des liquidités » et « un soutien opérationnel » pendant sa restructuration. C’est en effet cette entreprise chinoise qui produisait les Roomba pour iRobot en tant qu’ODM – elle fabrique également pour d’autres marques bien connues. Certaines figurent sur la page d’accueil de Picea, à l’instar de Shark, Anker, Xiaomi ou encore Haier, Electrolux… Sur son site, Picea annonce des chiffres tels que 3700 m2 de laboratoires ou 200 000 m2 d’usines – autant dire que c’est un géant.
Capture d'écran du site de Picea, qui met en avant sa puissance de frappe à travers des chiffres.
Le rachat étant finalisé, iRobot annonce du même coup sortir du « processus de chapitre 11 », qui n’est autre qu’un paragraphe de la loi américaine sur les faillites, permettant aux entreprises en difficulté de poursuivre leurs activités pendant leur restructuration. Grâce à ce rachat, iRobot déclare disposer d’une « base financière renforcée et une capacité accrue d’investissement dans la prochaine génération de robots domestiques intelligents », espérant notamment profiter des ressources financières de Picea. iRobot précise toutefois que le siège, le développement, le marketing et la R&D restent basés aux Etats-Unis.
Le nom de marques très connues figure sur le site de Picea, qui produit donc pour le compte de nombreuses entreprises.
Quelles possibilités pour rebondir ?
Si l’objet de cet article n’est pas d’analyser les raisons qui ont précipité iRobot vers la faillite, impossible de ne pas évoquer ici le retard technologique accumulé par la marque face à des concurrents jeunes et ambitieux tels que Roborock, Dreame ou désormais Mova et Narwal. iRobot a clairement raté le virage de l’aspirateur robot laveur. Quand la marque américaine proposait encore il y a quelques années deux appareils distincts pour les tâches d’aspiration et de lavage, certains concurrents commercialisaient déjà l’ensemble dans un unique robot tout-en-un, pour le même prix. Et quand iRobot s’est enfin décidé, ses premiers modèles Combo (que nous avons eu l’occasion de tester, au même titre que les adversaires du moment) étaient selon nous loin d’être à la hauteur, notamment en matière d’efficacité de lavage. Quant aux fonctionnalités des stations d’accueil et de recharge, alors qu’iRobot avait été précurseur en lançant les premiers robots dotés d’un système d’évacuation automatique de la poussière (les Roomba i5), dans les années qui ont suivi, le fabricant a aussi pris beaucoup de retard sur les autres fonctions automatisées comme le lavage de serpillère, la récupération de l’eau sale ou l’alimentation du robot en eau. Au vu des dernières gammes commercialisées, il semblerait qu’iRobot rattrape petit à petit son retard technologique. Mais pour sortir de l’ornière, encore faut-il aussi exister face à une concurrence nouvelle (la plupart des marques précédemment citées ont à peine une dizaine d’années), particulièrement affûtée, agressive à la fois sur le plan de l’innovation, du rythme de lancement des nouveautés et sur les tarifs. Dans ces conditions, iRobot a la possibilité d’attaquer le marché en se focalisant sur l’innovation technologique en repartant sur la base de robots haut de gamme comme au temps où il était leader du marché, ou en misant sur des tarifs attractifs.
La gamme 2026 compte plusieurs modèles compacts. Le Roomba Mini est vraiment minuscule. Le nouveau Roomba 105 n'est pas aussi petit mais ses dimensions sont tout de même réduites par rapport à celles des autres références.
Rassurer les consommateurs sur la marque et la protection de leurs données
Dans un premier temps, iRobot s’attache à rassurer. Dans le communiqué de la marque, Gary Cohen, PDG d’iRobot, déclare : « avec Picea, nous restons pleinement concentrés sur la fabrication de produits fiables et de haute qualité, le soutien à nos clients, la protection des données des consommateurs et une gestion rigoureuse à mesure que nous avançons ». En l’occurrence, iRobot veut redorer son blason et rassurer les consommateurs – cela passe par le maintien du fonctionnement des Roomba d’ancienne génération. Ceux-ci fonctionnent certes avec l’ancienne application et non avec la nouvelle (deux app cohabitent en effet selon les appareils) mais ils continuent de fonctionner. Cela était selon nous indispensable pour l’image de la marque. En parallèle, iRobot cherche aussi à rassurer les consommateurs sur la protection de leurs données. Une filiale distincte nommée iRobot Safe a même été créée durant la restructuration, spécifiquement vouée à sécuriser les données. Le but : « maintenir une séparation claire entre la propriété non américaine d’iRobot et les données des consommateurs américains et internationaux ».
La gamme 2026 vient d'être annoncée.
Des produits différenciants mais pas forcément hautement technologiques
La nouvelle gamme donne une idée de la voie choisie par iRobot. Le fabricant n’a pas opté pour des appareils ultra technlogiques et premium, parlant plutôt de démocratiser l’accès à l’entretien des sols robotisé. En effet, les prix des nouveaux robots annoncés s’étendent de 249 euros pour le Roomba 115 à 899 euros pour le Roomba Max 775 Combo. Pas question ici de venir se frotter aux fleurons des ténors actuels du marché, dont les prix de lancement flirtent avec les 1500 euros. Cette nouvelle gamme promet de s’adapter aux modes de vie modernes. L’un des fils rouges est donc la compacité, certains de ces appareils étant plus petits et aussi moins épais pour naviguer plus facilement dans les logements actuels. Le Roomba Mini, le premier de la gamme à avoir été dévoilé, en est un parfait exemple. Minuscule et coloré (il existe même en rose et en vert), il se distingue clairement des modèles concurrents et ce dès le premier coup d’œil. Technologiquement sans grande prétention, pour un prix de lancement de 399 euros, il est capable de cartographier les pièces, sa toute petite base évacue automatiquement la poussière dans un sac, mais la fonction de lavage qui utilise des lingettes jetables correspond plutôt à un lustrage ou un essuyage des sols. La puissance d’aspiration est également limitée – celle du Roomba Mini est seulement de 7000 Pa et 15 000 Pa pour la nouvelle entrée de gamme Roomba 115 (on est loin des 40 à 50 000 Pa des modèles premium récents). Ces appareils se destinent surtout aux logements de petites dimensions. Au-dessus, on trouve les modèles Roomba Plus (de 699 à 799 euros), un peu moins compacts, plus puissants (jusqu’à 30 000 Pa) et qui sont tous des « Combo » associant donc une fonction de lavage à l’aspiration. Les sommets de gamme Roomba Plus 615 Combo et 675 Combo utilisent un rouleau de lavage très tendance, précédé par la vaporisation d’un spray d’eau chaude quand les autres références double fonction de la série sont équipées de patins rotatifs. Le lavage des sols s’effectue à l’eau chaude à 60°C, de même que l’autonettoyage du rouleau. iRobot promet aussi une amélioration de la navigation sur l’ensemble de la gamme Roomba Plus, sans fournir beaucoup de précisions techniques si ce n’est qu’en plus de cartographier via un LiDAR, les modèles les plus élaborés de la gamme 2026 y associent une « reconnaissance visuelle par IA », soit une identification des objets pour les appréhender de manière plus précise. Enfin, certains modèles de cette nouvelle série sont équipés d’une base AutoWash, assurant la vidange automatique de la poussière, l’autonettoyage du rouleau et son séchage à l’air chaud. iRobot a annoncé neuf références, qui seront disponibles progressivement (sans date précise) : Roomba 115 annoncé à 249 €, Roomba 115AE à 349 €, Roomba 415 Combo Robot à 499 €, Roomba 515 Combo Robot à 599 €, Roomba Plus 575 Combo Robot à 699 €, Roomba Plus 615 Combo Robot à 699 €, Roomba Plus 675 Combo Robot à 799 €, Roomba Max 715 Vac Robot à 599 € et Roomba Max 775 Combo Robot à 899 €. Si on s’en tient aux informations dévoilées, les nouveaux modèles, plutôt positionnés en entrée et cœur de marché, ne semblent pas embarquer de technologies inédites ni rupturistes.
La version noire de ce modèle est toujours proposée à prix cassé sur le site d'iRobot depuis Pâques. Les tarifs sont semblables chez les revendeurs.
Des tarifs qui fluctuent beaucoup
Si à première vue le rapport performances/prix ne paraît pas très alléchant, les tarifs annoncés (qui peuvent d’ailleurs varier selon les marchés comme le précise la marque dans son communiqué) pourraient rapidement baisser. En effet, nous avons observé chez iRobot une tendance à annoncer des prix publics élevés puis à les faire décroître à peine quelques mois après le lancement des appareils. Les revendeurs sont certes libres de pratiquer les tarifs qu’ils souhaitent mais iRobot casse les prix sur sa propre boutique en ligne. C’est par exemple le cas du Roomba Mini, lancé à 399 euros (ce qui nous semblait un peu élevé au vu de sa fiche technique) il y a à peine deux mois et déjà vendu à 299 euros. La marque propose aussi des promotions importantes, très régulièrement, même hors périodes habituelles (soldes, Black Friday…). Par exemple, au moment de Pâques, la marque annonçait vendre le Combo Max 705 avec sa base AutoWash à 599 euros au lieu de 1099 euros – prix maintenu encore aujourd’hui pour la version noire quand le modèle blanc, lui, est affiché à son prix maximal. Chez les revendeurs, il s’affiche au prix promotionné dans ses différentes versions.