En matière de réemploi, il n’y aura pas d'équation économique sur tous les produits
Ecosystem était partenaire du salon REuse Economy Expo 2026, hébergeant un peu plus d’une vingtaine d'acteurs au sein de son village de 200 m2 dédié aux équipements électriques et électroniques. À l’aune de ses 20 ans, l’éco-organisme dont le rôle s’est considérablement étoffé avec la loi AGEC, se réjouit d’œuvrer au sein d’une filière des D3E mature, organisée, animée par des acteurs historiques qui collaborent. Nous avons fait un point sur les actions d’ecosystem en matière de réemploi avec Patrick Richard, Directeur clients et services.
Neomag. Peut-on commencer par faire un point sur vos objectifs en matière de collecte et de réemploi ? Les avez-vous tenus ?
Patrick Richard. En effet, il y a plusieurs objectifs. Le plus gros concerne la collecte. Il est fixé à 65% de collecte des équipements mis sur le marché sur les trois dernières années et nous l’avons atteint (équipements grand public et professionnels). C’est une bonne nouvelle parce que cela continue à progresser ; c’est un vrai succès.
Le recyclage et la revalorisation sont également un succès. Là encore nous dépassons les objectifs du cahier des charges : des équipements comme le gros électroménager sont recyclés à plus de 80%, c’est-à-dire que nous récupèrons la matière première qui est revalorisée à plus de 90%. Au-delà de la récupération de la matière, ce qui reste est utilisé comme combustible pour limiter l’enfouissement, donc au bout du compte, il y a une revalorisation énergétique.
Concernant les équipements électroniques et électriques, notre objectif de réemploi est de 2% en tonnage des équipements mis sur le marché l’année précédente. En 2026, ecosystem a dépassé ces 2%. C’est une bonne nouvelle d’autant que c’est aussi en croissance par rapport à l’année 2024, avec l’ESS bien évidemment, mais aussi avec tout un tas de partenaires présents sur le salon dans diverses catégories, pas uniquement de l’électroménager (informatique, vélo à assistance électrique...). Cette diversification fait partie de notre rôle de facilitateur, d’accélérateur de solutions de réemploi.
Qu’en est-il plus particulièrement de la réparation ?
L’année dernière, un million de réparations ont été faites au total du fonds de réparation. Cela représente un peu plus de 34 millions d’euros de bonus versés aux consommateurs. C’est en deçà de l’objectif initial du cahier des charges. Mais cela progresse. C’est +35 % par rapport à 2024. En outre, il y a de plus en plus de réparateurs labellisés ; actuellement on s’approche des 9 000 points de réparation.
Dans nos objectifs, il a été prévu un démarrage très rapide, mais il a fallu commencer par créer un réseau de réparateurs et cela prend du temps. Effectivement nous avons pris du retard et la courbe n’a pas l’allure prévue, avec un démarrage très rapide donc, mais le point d’arrivée va être conforme aux attentes. Notre objectif est de couvrir 10% du marché de la réparation hors garantie en 2027 et il sera atteint.
Quelles sont les prochaines étapes ?
Nous continuons à recruter des réparateurs labellisés. Nous avons initialisé la formation des techniciens avec le fonds de formation, nous avons réduit le coût de la labellisation, nous continuons à simplifier le référencement et la labellisation. Nous sommes aussi en train de simplifier les démarches de remboursement (NDLR : pour les réparateurs QualiRépar) puisque nous allons avoir une plateforme unique avec Ecologic. Cela est prévu pour fin 2026.
Nous avons lancé une étude d’impact avec l’ADEME pour faire un point d’étape sur le fonds réparation, identifier ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas, ce qu’il faudrait modifier... réévaluer aussi la vraie taille du marché de la réparation hors garantie. Car l’étude de préfiguration dont découle notre cahier des charges avait été réalisée dans un moment un peu particulier de Covid, où les gens avaient beaucoup fait réparer. Pour cette raison, il était essentiel de faire un bilan et évaluer quel est le potentiel exact.
Cette étude d’impact a un autre objectif : identifier les leviers qui pourraient nous permettre d’améliorer l’efficience du dispositif. Il ne faut pas oublier que le fonds réparation est financé par les éco-participations versés par les consommateurs. Or, il ne s’agit pas de payer avec l’argent des consommateurs n’importe quelle réparation qui aurait de toute façon été faite. Le but est d’aller chercher la réparation qui n’aurait pas été réalisée sans bonus.
Vous atteignez déjà vos objectifs de collecte. Alors pourquoi poursuivre le développement de votre service de collecte à domicile Jedonnemonélectroménager ?
Je rappelle que cette solution est disponible sur Paris-Île-de-France, la métropole de Lyon, dans le Var et les Alpes-Maritimes. N’importe quel particulier peut prendre rendez-vous pour qu’on vienne gratuitement récupérer son électroménager à domicile. L’une des difficultés qu’on a à atteindre 65 % est lié aux filières illégales. On sait que sur les D3E, il y beaucoup de vols en déchetterie - on estime que 20 à 25 % de la filière nous échappe ainsi. On n’accède pas à l’ensemble du gisement disponible à collecter.
Ensuite, sur l’électroménager, on a un problème de gisement parce que les consommateurs revendent leurs produits sur Leboncoin avant de nous les confier ou de les confier aux distributeurs. Si on prend l’exemple du marché du gros électroménager de seconde main, 70% se fait en C2C. Moins de 5% passe par les éco-organismes. D’où l’idée d’aller plus en amont chez le consommateur pour capter ce gisement et le préserver. Sinon, on récupère l’appareil non pas quand il a deux ans, mais 17 ans. Il n’est plus forcément réemployable parce qu’il est vieux, que les pièces détachées ne sont plus disponibles et parce que la question va se poser de savoir s’il faut privilégier un produit neuf qui consomme peu ou produit aussi vieux qui consomme bien plus.
Le service Jedonnemonelectroménager dispose de son propre site sur lequel les consommateurs peuvent prendre rendez-vous.
Le but final n’est-il pas justement l’allongement de la durée de vie ?
Nous sommes de toute façon dans notre rôle qui est de collecter un produit en fin de vie destiné soit au recyclage, soit au réemploi quand cela fait du sens. Mais il est vrai qu’il y a une vraie tension autour du gisement et du sourcing. Comme il y a une forte demande en produits d’occasion reconditionnés, qu’il n’y a pas forcément suffisamment de produits à la source et de plus en plus d’acteurs qui s’intéressent à la seconde vie des appareils, cela crée encore plus de tension.
C’est le signe que le réemploi se développe. Encore faut-il un modèle économique viable, un moyen de valoriser le travail de reconditionnement effectué ?
Le gisement est précieux et tout le monde le veut : l’ESS, mais aussi les distributeurs qui ne comptent pas laisser ce marché leur échapper. Et la question est comment nous, éco-organismes, nous contribuons à augmenter ce gisement réemployable pour l’amener vers les acteurs. D’ailleurs, nous avons prévu de développer deux nouvelles zones Jedonnemon électroménager en 2026/2027.
Donc aujourd’hui le réemploi tout le monde en veut, tout le monde veut le faire, mais tout le monde ne saura pas le faire et il n’y aura pas d’équation économique rentable sur tous les produits. Sur le GEM par exemple, le transport est coûteux, les appareils sont âgés, le temps de reconditionnement est long (cela peut nécessiter 4 heures), sans oublier la concurrence du prix de vente du neuf qui est bas. Dans le cas du smartphone, par exemple, c’est tout le contraire : c’est léger, il y a des pièces détachées et ce sont des produits qui sont plus récents parce que les gens en changent plus souvent. Notre rôle est d’accélérer le réemploi et de développer des modèles, d’accompagner les acteurs. Nous devons aussi les aider à mieux piloter leur chaîne de valeur.
Le DPP (passeport numérique des produits) a un rôle important à jouer dans ce domaine ?
Il permet en effet une traçabilité unitaire et il va aider les acteurs à mieux comprendre le produit au-delà du diagnostic et à gagner du temps. Par exemple, si grâce au DPP, on sait qu’un appareil a 15 ans et qu’il a déjà été réparé trois fois, peut-être qu’on choisira de l’utiliser pour récupérer ses pièces détachées.
Ce passeport est aussi un gage de confiance pour les consommateurs. Pensez-vous qu’ils auront des raisons supplémentaires de choisir le reconditionné plutôt que l’achat en seconde main entre particuliers ?
Tous les acteurs y gagnent avec le DPP. Le fabricant qui va avoir une visibilité sur toute la vie de son produit, ce qui est extrêmement riche en termes de data ; le distributeur va y gagner parce qu’il va pouvoir ajouter une interface avec des services (comme Darty Max, Boulanger Infinity…), des accessoires…Le reconditionneur a, quant à lui, une visibilité sur la vie du produit en amont, ce qui va l’aider à arbitrer. Le consommateur a aussi un intérêt puisque c’est une sorte de carnet de santé de l’appareil donc il sait exactement ce qu’il achète : c’est un très bon levier de réassurance sur les produits reconditionnés. C’est pour cette raison que dans notre rôle d’initiateur, nous essayons de motiver un maximum d’acteurs à participer à cette expérimentation dans laquelle il y a déjà Beko, Darty, Envie, Doneo…


