Ce sondage commandé en prévision des Journées Nationales de la Réparation (JNR) a été réalisé par OpinionWay auprès d'un échantillon représentatif de 1000 personnes, en septembre 2026. Il confirme que si la réparation est encore sous-exploitée et ne "décolle" pas autant qu'elle le pourrait, ça n'est pas sa popularité qui est en cause. Les Français en ont en effet une vision favorable (91% des Français ont une image positive de la réparation d'après un sondage Elabe/ecosystem datant de 2025). Les raisons sont à chercher ailleurs.
Sondage : les Français prêts à faire réparer plus, mais pas à tout prix
À l'occasion de la quatrième édition des Journées Nationales de la Réparation, les organisateurs HOP (Halte à l'Obsolescence Programmée) et Make.org Foundation ont dévoilé un intéressant sondage sur la réparation réalisé par OpinionWay. Il confirme que les Français ont une vision positive de la réparation et sont dans l'ensemble prêts à réparer davantage leurs appareils en panne, mais pas à n'importe quel prix ni dans n'importe quelles conditions.
La réparation : une marge de progression évidente
Cette enquête confirme une nouvelle fois que la réparation peut gagner du terrain et s'ancrer un peu plus dans les habitudes des Français. Tout d'abord à travers le prix, qui demeure le principal frein et aussi le levier N°1. Car les consommateurs sont bien conscients qu'en réparant, ils peuvent économiser de l'argent : 68% des répondants voient en effet dans la réparation une possible source d'économies. Il est également intéressant de souligner que les plus jeunes générations y sont encore plus sensibles : 83% des 18-24 ans et 78% des 25-34 ans y voient une source d'économies. Par ailleurs, dans ces tranches d'âge, les répondants sont plus nombreux à être prêts à pencher en faveur d'une réparation pour économiser (49% des 18-24 ans et 51% des 25-34 ans).
Si un coup d'œil du côté des consommateurs donne déjà une idée du potentiel de progression de la réparation, quand on se tourne vers les produits, le constat est très semblable. Six répondants sur dix préfèrent parfois racheter un produit neuf alors même qu'ils savent l'objet réparable - cela donne une idée du nombre de choses jetées qui auraient pu être réparées.
Pour en avoir un aperçu, on peut se référer au livre blanc contenant "40 mesures pour l’environnement et les consommateur·ices" publié par HOP début octobre. Il révèle que seulement 10% des appareils électriques et électroniques hors garantie sont réparés. Et également que 45% "des produits jetés en décharge pourraient être réemployés immédiatement ou après une réparation légère".
Les freins qui pèsent : facilité, coût, incertitude sur le prix final
Si on revient au sondage OpinionWay, la facilité et la rapidité font partie des critères qui pèsent lourd dans la balance. Alors que 59% des sondés indiquent préférer un achat neuf "souvent" ou "de temps en temps" pour ces raisons, si on ajoute ceux qui le font "occasionnellement", ce score grimpe même à 89% !
Sans grande surprise, le prix de la réparation revient au premier plan, comme dans la plupart des enquêtes. 83% de consommateurs interrogés ont déjà renoncé à réparer du fait du coût (pour plus d'un sur deux, c'est même déjà arrivé plusieurs fois).
Le sondage y apporte une nuance intéressante : le prix lui-même n'est pas le seul frein. L'incertitude concernant le tarif final de la réparation préoccupe beaucoup les consommateurs aussi. 7 répondants sur 10 déclarent avoir déjà abandonné leur projet de réparer car ils ne savaient pas à l'avance combien cela allait coûter - 43% indiquent même avoir abandonné pour cette raison à plusieurs reprises. Les forfaits à prix fixe proposés par certains réparateurs comme Murfy, le groupe Seb sur son petit électroménager ou Boulanger, ou encore les offres d'abonnement comme en commercialisent par exemple Darty ou Boulanger pourraient peut-être participer à rassurer les consommateurs sur ce point.
Comment lever les réticences des consommateurs et booster la réparation ?
Les résultats de ce sondage confirment que certaines pratiques pourraient inciter les Français à réparer davantage.
Les premières qu'ils citent concernent bien entendu le prix : 66% des sondés souhaiteraient connaître le prix final d'une réparation avant de s'engager. 59% aimeraient aussi avoir la certitude que réparer coûtera moins cher que l'achat d'un appareil neuf de même catégorie.
L'accessibilité constitue le second frein à lever : quasiment un consommateur sur deux (48%) aimerait trouver un réparateur près de chez lui plus facilement et prendre rendez-vous simplement. La plupart déclarent aussi attendre de la facilité, de la rapidité (43%) et une garantie sur la réparation effectuée (42%). Rappelons d'ailleurs que certaines réparations sont garanties - mais cela dépend du secteur et du type de réparation.
Les JNR : l'opportunité de faire naître des vocations de réparateurs
Lors des Jounées Nationales de la Réparation, des événements sont organisés autour de l'allongement de la durée de vie des appareils : ateliers, démonstrations, conférences, repair cafés, visites de stations de réparation... Ils permettent au grand public de mieux connaître les métiers de la réparation. Pour certains, c'est aussi une occasion de découvrir des professionnels de proximité, d'échanger avec les hommes et femmes garants de ces savoir-faire, ce qui peut d'ailleurs les rassurer. Enfin, c'est l'opportunité de faire naître des vocations. C'est indispensable quand on sait que la France manque de réparateurs (et va en manquer dans les années à venir). Justement, le sondage montre clairement que l'accessibilité est un point essentiel à améliorer pour espérer développer la réparation. Et comme les éco-organismes l'ont souligné à maintes reprises, le nombre de réparateurs ne fait pas tout - le maillage territorial est tout aussi important.
D'ailleurs, ecosytem profite des JNR pour prendre la parole et faire une annonce attendue depuis longtemps. Pour faciliter les démarches des réparateurs labellisés QualiRépar lorsqu'ils demandent le remboursement des bonus réparation appliqués sur leurs factures, une plateforme commune est enfin mise en place dès cet automne (pour rappel, jusqu'à présent, deux plateformes coexistaient selon le type d'appareil et la marque, donc l'éco-organisme concerné). En outre, il s'agit d'Agora, une plateforme déjà connue des réparateurs, puisqu'ils l'utilisent pour commander des pièces détachées et consulter la documentation technique.
Des lignes qui bougent : les marques mettent en valeur la réparation
L'image de la réparation évolue. Et cela se manifeste aussi par la manière dont les fabricants abordent cette notion. Alors que beaucoup de marques préféraient que la question de la réparation reste dans l'ombre, craignant sans doute que les consommateurs l'associent à un risque de panne et peut-être un manque de fiabilité, depuis quelques années, cela change. La loi AGEC, les obligations imposées aux fabricants à travers la REP et les indices de réparabilité/durabilité n'y sont sans doute pas étrangers.
Quelles qu'en soient les raisons, on constate que les marques communiquent désormais sans fard sur la réparation, faisant même de leurs engagements en la matière un argument. Rien qu'à l'occasion des JNR, nous avons reçu plusieurs communiqués de presse à ce sujet. Haier, par exemple, annonce ouvrir au public plusieurs des ateliers de ses réparateurs partenaires, BSH prend la parole sur son engagement à tenir les pièces détachées disponibles pendant 15 ans - dans la tech aussi, Acer met en avant l'éco-conception de certains de ses ordinateurs portables... La liste n'est pas exhaustive et ne se limite d'ailleurs pas à la période des JNR, certains communiquant à longueur d'année sur ces thématiques (éco-conception, durée de disponibilité des pièces détachées, indice de réparabilité...).


