Selon les chiffres avancés par l'Union TLF, la taxe n'a rapporté qu'environ 2,3 millions d'euros par mois, très loin des quelque 400 millions d'euros annuels initialement espérés. En cause : le détournement massif des flux d'importation vers d'autres pays de l'Union européenne.
Des hubs européens privilégiés pour contourner la taxe
Dès les premiers jours d'application de la taxe, des plateformes comme Shein, Temu ou AliExpress ont modifié leur organisation logistique. Au lieu d'atterrir à Roissy-Charles-de-Gaulle ou dans d'autres aéroports français, les avions cargo ont été redirigés vers les hubs du Benelux – principalement en Belgique, aux Pays-Bas et au Luxembourg – où la taxe française ne s'appliquait pas.
Une fois les marchandises dédouanées et mises en libre pratique dans un État membre, elles peuvent circuler librement dans le marché unique européen. Les colis sont alors acheminés par camion jusqu'aux consommateurs français, sans repasser par un point d'entrée soumis à la taxation nationale. C'est précisément cette faille qu'avait anticipée l'Union TLF et que le gouvernement a lui-même reconnue quelques semaines après l'entrée en vigueur du dispositif.
Les conséquences ont été immédiates. Selon ADP, une cinquantaine de vols cargo hebdomadaires auraient quitté Roissy au profit des plateformes logistiques du Benelux. Les déclarations douanières de petits colis à Roissy auraient, elles, chuté de plus de 90 % dès les premiers jours de mars.
Des effets qui dépassent les seules recettes fiscales
Pour l'Union TLF, le manque à gagner budgétaire n'est qu'une partie du problème. Le déplacement des flux se traduit aussi par une perte d'activité pour les plateformes logistiques françaises, un recul du fret aérien et des répercussions sur les capacités d'exportation des entreprises utilisant les vols cargo au départ de la France.
L'organisation souligne également un effet environnemental contre-productif : les marchandises arrivent désormais dans des aéroports étrangers avant d'être transportées par camion sur plusieurs centaines de kilomètres jusqu'en France, augmentant les trajets routiers au lieu de les réduire.
Le gouvernement a rapidement renforcé les contrôles
Face à ces stratégies de contournement, l'exécutif avait déjà réagi dès le mois de mars en élargissant les pouvoirs de la douane française. Les agents peuvent désormais contrôler, sur le territoire national, des marchandises ayant déjà été dédouanées dans un autre État membre afin de vérifier leur conformité aux réglementations françaises et européennes. Cette mesure vise moins à récupérer la taxe qu'à renforcer les contrôles sur des produits qui échappaient jusque-là aux vérifications réalisées à l'entrée sur le territoire.
Une harmonisation européenne désormais incontournable
Pour la filière transport-logistique, cet épisode illustre surtout les limites d'une mesure nationale dans un marché unique. Le gouvernement français comme les professionnels du secteur convergent désormais vers une même conclusion : seule une harmonisation européenne permettra de limiter les arbitrages logistiques entre États membres.
Cette évolution est déjà engagée. Un droit de douane forfaitaire européen doit entrer en vigueur à compter du 1er juillet, avant la mise en place, attendue en novembre 2026, d'un dispositif harmonisé à l'échelle de l'Union européenne destiné à remplacer les initiatives nationales.


