Suivez-nous sur
ou sur
Rechercher un article

Décryptage

L’électroménager en route vers la durabilité programmée ?

Durabilité, réparabilité, éco-conception, économie circulaire... Autant de mots et notions dont la distribution va devoir tenir compte dans son discours en magasin et en ligne. Du sénat à la Commission européenne, de l’activisme d’associations comme Hop à l’opportunisme de start-up de la réparation, et d’une évolution des mentalités chez le consommateur elle aussi durable, les pressions sur les biens techniques en général et l’électroménager en particulier sont légion. Et les marques vont devoir apporter des réponses concrètes dans les prochaines années…

 

Par Philippe Michel

Vos réactions sur redaction@neomag.fr 

  

Le 23 septembre dernier, un communiqué accompagné d’un dossier complet est diffusé sous le titre : « Obsolescence des lave-linge : une durabilité qui prend l’eau »Cette campagne est menée par l’association Hop (Halte à l’obsolescence programmée) et une start-up nordiste, Murfy, spécialisée dans le dépannage et la réparation d’électroménager. Les deux partenaires ont en commun la volonté de mettre le concept d’obsolescence programmée en avant, pour convaincre d’un côté, et attirer des clients de l’autre. Aussitôt, la presse grand public et quelques matinales télé s’émeuvent du fait que la durée de vie des lave-linge a diminué de 30% en dix ans, passant de 10 ans à 7 ans selon le rapport HOP/Murfy.

Si le rapport s’appuie sur des données et des interprétations qui doivent être nuancées, et parfois corrigées, comme le relève notamment Libération et son service de fact checking , les questions soulevées méritent d’être posées. Non pas dans le concept d’obsolescence programmée, qui n’est pas prouvé dans son sens strict pour le moment dans l’électroménager, mais plutôt celui d’«obsolescence programmée technique indirecte. » Cette désignation, utilisée par Hop, vise à présumer chez les fabricants une intentionnalité d’irréparabilité. Nous ne jugerons pas ici les données techniques et conclusions émises dans le rapport Hop/Murfy (lien en bas de l'article), mais nous recueillerons dans les prochaines semaines les avis et réactions de chacun.

En revanche, il est difficile de nier la montée d’un changement profond dans les comportements d’achat. Et celui-ci s’inscrit dans le cadre de l’économie circulaire. Pour rappel, et selon la définition du ministère de la transition écologique et solidaire : « l’économie circulaire désigne un modèle économique dont l’objectif est de produire des biens et des services de manière durable, en limitant la consommation et les gaspillages de ressources (matières premières, eau, énergie) ainsi que la production des déchets. »

 

Des changements à venir dictés par la loi française et les réglementations européennes

La  Commission européenne a souhaité dans un communiqué daté du 1er octobre 2019 « l’établissement de nouvelles règles pour des appareils ménagers plus durables ». Cela passe par une disponibilité plus longue des pièces détachées, la mise en place d’un nouvel étiquetage énergie plus intelligent … La Commission a donc adopté de nouvelles mesures en matière d'écoconception pour des produits tels que les réfrigérateurs, les lave-linge, les lave-vaisselle et les téléviseurs. Pour elle, "les mesures adoptées comprennent, pour la première fois, des exigences en matière de réparabilité et de recyclabilité, contribuant ainsi à réaliser les objectifs de l'économie circulaire, en améliorant la durée de vie, l'entretien, la réutilisation, la mise à niveau et le recyclage des appareils, ainsi que la gestion de leurs déchets."

Jyrki Katainen, vice-président de la Commission européenne chargé de l'emploi, de la croissance, de l'investissement et de la compétitivité, résume ainsi la position de la Commission : "que ce soit en favorisant la réparabilité ou en réduisant la consommation en eau, l'écoconception intelligente nous pousse à utiliser plus efficacement nos ressources, avec des avantages évidents sur le plan économique et écologique. Les chiffres parlent d'eux-mêmes: ces mesures permettront aux ménages européens d'épargner en moyenne 150 EUR par an et contribueront à réaliser des économies d'énergie équivalant à la consommation annuelle d'énergie du Danemark, d'ici à 2030. C'est avec des mesures concrètes comme celles-ci que l'Europe dans son ensemble soutient l'économie circulaire, au bénéfice des citoyens, de l'environnement et des entreprises de l'UE». 

Du côté Français, c’est le Sénat qui a communiqué sur un train de mesures à prendre dans les prochaines années, et notamment dans le secteur des biens techniques. Ainsi, un indice de durabilité s’ajoutera à l’indice de réparabilité annoncé pour 2022. Là aussi la disponibilité des pièces détachées va devenir à terme un argument fort pour attirer le consommateur. On évoque également la mise en place d’un compteur, pour compter le nombre de cycles effectués par un lave-linge ou un lave-vaisselle, et ainsi juger de manière plus factuelle du taux de panne par rapport à l’usage.

 

Ce que veulent les consommateurs ?

S’il est difficile en un article d’entrer dans le détail de toutes les mesures qui vont être prises dans le cadre de l’économie circulaire dans les prochaines années, on peut toutefois prédire de grands changements à venir dans les process industriels d’une part, et dans la manière de vendre les biens techniques d’autre part. Jusqu’à peu, le vendeur devait argumenter sur les qualités d’usage d’un produit, bien évidemment son prix, et bien sûr sur sa consommation énergétique. A l’avenir, il devra aussi expliquer la façon dont celui-ci est conçu, indiquer si l’on peut le réparer facilement etc…

Ainsi, dans son rapport, Hop ne se contente pas de lister les problèmes mais dresse une liste de souhaits comme vouloir que

-les manuels d’utilisation et les conseils des vendeurs sur l’entretien soient plus exhaustifs, 

-les pièces détachées soient disponibles plus longtemps, plus facilement et à un prix plus abordable, 

-les cartes électroniques soient mieux protégées (par un fusible par exemple), uniformisées et démontables, 

-la taille des charbons* soit augmentée et facilement remplaçable, 

-les roulements puissent être plus facilement remplacés, 

- l’indice de réparabilité et de durabilité soit transparent, affiché et obligatoire...

À voir le succès d’entreprises prônant l’autoréparation comme Spareka, nul doute que ces nouveaux critères d’achat ne se généralisent dans un futur proche. A la distribution d’adapter ses référencements et ses formations dans ce sens…

 

En savoir plus ...

Lire le rapport Hop/Murfy

 

* Les charbons moteur (ou balais) se situent dans le moteur et permettent à l’alimentation électrique de circuler (par contact) dans le moteur et donc permettent de faire tourner le rotor (partie mobile du moteur qui entraîne la courroie qui elle-même entraîne le tambour). Il s’agit d’une pièce d’usure, c’est-à-dire amenée à être changée au bout d’un moment. (source rapport Hop/Murfy)

 

place_holder
place_holder
place_holder