le 13 octobre 2026
, par Eric Shorjianhttps://www.linkedin.com/company/neomag/
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Peut-on réindustrialiser la France tout en acceptant les coûts économiques et environnementaux que cela implique ? Faut-il limiter le développement de l’intelligence artificielle ? Peut-on continuer à consommer autant d’eau lorsque les sécheresses se multiplient ? Ces questions figurent au programme d’« Un commun accord », une initiative issue de la société civile, présentée comme indépendante et non partisane.
À l’origine du projet, l’ingénieur et auteur Jean-Marc Jancovici part d’un constat : face aux contraintes environnementales, énergétiques et économiques, les décisions collectives supposent des arbitrages. L’ambition est de faire émerger des points d’entente entre citoyens aux parcours différents, puis de porter leurs conclusions auprès du public et des candidats à l’élection présidentielle de 2027.
Comment fonctionne cette assemblée citoyenne ?
Le dispositif repose sur une assemblée de 150 citoyens tirés au sort et une plateforme numérique ouverte à tous. La constitution du panel a été confiée à Toluna Harris Interactive. Quelque 200 000 numéros de téléphone ont été composés en juillet et août 2026 pour réunir des profils diversifiés selon le genre, l’âge, le diplôme, la catégorie socioprofessionnelle et le territoire de résidence.
Les participants se retrouvent pendant six week-ends au Conservatoire national des arts et métiers, à Paris, entre septembre 2026 et février 2027. Deux premières sessions ont eu lieu les 19 et 20 septembre, puis les 10 et 11 octobre. L’organisation et l’animation des échanges sont assurées par le cabinet Res publica, spécialisé dans la concertation.
Le parcours associe information, auditions d’experts et délibérations en petits groupes ou en séance plénière. Parmi les intervenants annoncés figurent la climatologue Valérie Masson-Delmotte, les économistes Selma Mahfouz et Patrice Geoffron, ainsi que le biologiste Marc-André Selosse. Les dilemmes doivent être examinés sous plusieurs angles : environnement, souveraineté, emploi, santé, justice sociale et pouvoir d’achat.
Quels sujets les citoyens vont-ils examiner ?
Après une consultation en ligne ayant recueilli, selon les organisateurs, 92 000 contributions et 48 000 propositions de thèmes, six dilemmes ont été retenus :
- Peut-on sortir rapidement des carburants fossiles sans limiter la liberté de déplacement ?
- Peut-on produire en France une alimentation saine à un prix abordable ?
- Peut-on continuer à consommer autant d’eau alors que les sécheresses se multiplient
- Peut-on aménager et développer les territoires tout en préservant les espaces naturels ?
- Faut-il limiter le développement de l’intelligence artificielle ?
- Faut-il réindustrialiser le pays, quitte à en assumer les coûts économiques et environnementaux ?
Ces questions concernent aussi les acteurs de l’équipement de la maison. Ainsi, la réindustrialisation interroge les conditions de production et les coûts. La consommation d’eau renvoie aux usages domestiques et à l’efficacité des équipements. ’intelligence artificielle transforme les produits, les services et le commerce. Ainsi les travaux de cette commission pourront éclairer les attentes et les arbitrages des citoyens sur des sujets qui traversent déjà les stratégies des marques et des enseignes.
« Pendant plusieurs décennies, juste après la seconde guerre mondiale, nous avons eu le beurre et l’argent du beurre, explique Jean-Marc Jaconvici. L’économie était en forte croissance mais l’environnement n’en souffrait pas encore, la population accédait au confort domestique moderne (électroménager, chauffage, eau courante) et à la mobilité étendue (voiture puis avion) sans que nous n'ayons de limites à cette consommation, l’Etat n’était que peu endetté, le chômage était faible, et les régimes sociaux n’étaient pas déséquilibrés.
Le paysage est désormais devenu moins facile : la pollution et le changement climatique commencent à imprimer leur marque, parfois les ressources manquent ou sont trop chères, la dette est devenue un problème, le déficit des comptes publics semble impossible à résorber...
Pour avancer dans ce monde qui change, il ne suffit pas de comprendre ce qui se passe. Il est certes indispensable d’avoir accès à l’expertise, de connaître les faits. Mais, face à des problèmes nouveaux, qui n’offrent pas de solution permettant de gagner sur tous les tableaux, nous avons surtout besoin de décisions collectives que, à défaut d’approuver, nous respectons. Alors, nous lançons cette expérience inédite ».
Plus de 255 000 soutiens annoncés
En parallèle des réunions, la plateforme uncommunaccord.fr permet au public de suivre les travaux, de réagir et de formuler des propositions. Une partie des séances plénières est également accessible en vidéo et les interventions des experts sont visionables en replay.
La campagne de financement participatif, lancée le 26 août sur Ulule avec une contribution possible à partir d’un euro, rassemble plus de 255 000 contributeurs au 13 octobre 2026.
La dernière session, prévue les 6 et 7 février 2027, aboutira à la présentation des travaux. Les citoyens décideront ensemble de la manière de s’adresser au grand public, aux médias et aux candidats. L’enjeu sera alors de mesurer la place que ces propositions pourront prendre dans le débat présidentiel. A l'approche de la prochaine élection, on ne peut que saluer cette initiative où ce sont de simples citoyens qui se retroussent les manches, face à des grands défis de société qui ont trop attendu et qui s'avèrent déterminants pour l’avenir de tous.