le 7 octobre 2026
, par Eric Shorjianhttps://www.linkedin.com/company/neomag/
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Cuisine Sillage Terracotta mat de Lapeyre. Composition type disponible en kit à partir de 825 € et sur mesure à partir de 1 299 €.
Le 5 octobre, Mutares a annoncé avoir reçu une offre irrévocable émanant d’un véhicule d’investissement soutenu par des entrepreneurs italiens actifs dans l’aménagement intérieur, l’ameublement et la distribution. Parmi eux figurent des membres de la famille propriétaire de Bricofer et de Conforama Italia.Le communiqué ne présente pas Bricofer ou Conforama Italia comme les acquéreurs directs. Mutares conserverait une participation minoritaire et continuerait d’accompagner le redressement de Lapeyre. La finalisation est attendue au quatrième trimestre 2026, sous réserve de l’avis des représentants du personnel. Le montant de l’opération et la répartition envisagée du capital ne sont pas précisés.
Rappelons que Mutares est un groupe d’investissement allemand coté en Bourse qui est spécialisé dans l’acquisition et la restructuration d’entreprises avant leur revente. Il a repris Lapeyre à Saint-Gobain en 2021. En décembre 2021, quelques mois après la reprise Lapeyre présentait le plan « Convergence & Croissance ». Portée par le dynamisme du marché de l’équipement de la maison post-covid, l’enseigne annonçait 686 millions d’euros de chiffre d’affaires et ambitionnait d’atteindre les 800 millions en 2025. Fabrication française, franchise, clientèle professionnelle et digital devaient alors soutenir cette trajectoire…
Un outil industriel adossé à plus de 115 magasins
Cinq ans plus tard, en juin 2026, Mutares signalait une baisse de l’activité de l’enseigne et un environnement difficile dans ses communiqués financiers. Au premier semestre 2026, Mutares a réalisé 3,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Mais si le segment « Biens et services » (600 millions d’euros) de ses diverses activités a progressé en chiffre d’affaires grâce aux acquisitions, certaines entreprises de cette branche ont enregistré un recul de leur activité, Lapeyre étant expressément cité (sans que son CA et son résutlat soit communiqué). Mais au total, la rentabilité de l’activité « Biens et services » ajustée restait négative (- 45 millions d’euros), en légère amélioration par rapport aux - 50 millions d’euros du premier semestre 2025.
Depuis mars 2025, la présidence de Lapeyre est assurée par Dario Sangiovanni. Cet ingénieur diplômé de CentraleSupélec avait intégré Mutares en 2022 avant d'être nommé directeur de l’offre et du marketing de Lapeyre en 2024. L'an dernier, Lapeyre avait réalisé environ 475 millions d’euros de chiffre d’affaires. Le groupe emploie aujourd'hui directement quelque 2 000 personnes et dispose de neuf sites de production, qui approvisionnent un réseau de plus de 115 magasins en France. Son offre couvre notamment les fenêtres, les portes, les escaliers, ainsi que les meubles de cuisine et de salle de bains.
Dans le rapprochement envisagé avec les nouveaux actionnaires, cette intégration de la fabrication à la distribution constitue un levier central. Mutares indique avoir investi depuis 2021 dans l’infrastructure industrielle, le réseau commercial et les fonctions support de l’entreprise. Le maintien d’une participation minoritaire inscrit le projet dans la poursuite de cette transformation.
Des synergies à concrétiser dans l’aménagement de la maison
« Nous voyons une véritable logique industrielle dans ce partenariat, avec des opportunités de tirer parti de l'expérience et des relations sectorielles des actionnaires de l'acheteur en Italie, de l'approvisionnement au développement du produit, commente Johannes Laumann, DSI de Mutares. Nous sommes convaincus que l'acheteur est bien placé pour soutenir la prochaine étape de développement de Lapeyre ». L’apport attendu des investisseurs italiens porte donc sur leur expertise du secteur avec des coopérations potentielles dans l’approvisionnement, la logistique et le développement produit. Pour Lapeyre, l’enjeu serait de mobiliser ces compétences au service de son modèle associant usines et magasins. Si le communiqué prévoit le maintien de la marque, ces synergies restent toutefois à préciser. Et quelle place pour les usines française de Lapeyre ? Approvisionneront-elle les magasins italiens de meuble et de bricolage ? Aucun objectif chiffré ni calendrier opérationnel n’est annoncé à ce stade.
Les achats et les assortiments seront à surveiller
Il faut tout d’abord rappeler que si Conforama France et Conforama Italie partagent la même enseigne et une histoire commune, ils ont aujourd’hui des actionnaires distincts. Pour le dossier Lapeyre, il ne faut donc pas assimiler les futurs investisseurs italiens liés à Conforama Italie au groupe français BUT-Conforama dont les actionnaires sont le groupe autrichien XXXLutz et le fonds américain CD&R.
Aujourd’hui Conforama Italie compte une trentaine de magasins ainsi qu’un site marchand. L’enseigne propose notamment la conception d’espaces et des cuisines personnalisables et d’une expérience pertinente en matière pour de meubles, d’électroménager et d’équipements associés. Repris en 2025 par les actionnaires actuels, c’est un distributeur en transformation.
Pour les marques de gros électroménager, d’éviers, de robinetterie et d’accessoires qui travaillent avec Lapeyre, le sujet dépasse donc le simple changement d’actionnaire. La question sera de savoir comment les synergies annoncées se traduiront dans la politique d’achat et dans la composition de l’offre cuisine. Une coopération future dans l’approvisionnement pourrait ouvrir la voie à des négociations coordonnées, à une rationalisation des références ou à de nouveaux partenariats fournisseurs. Autant de pistes qui ne sont pas annoncées à ce stade, mais qui constituent des points de vigilance pour les directions commerciales. Quels volumes, quelle place pour chaque marque, quelles conditions de référencement et quelles exigences de service ?
La vraie question sera celle des moyens engagés et de l’exécution en magasin
Pour les enseignes concurrentes sur le marché de la cuisine, le signal à suivre sera la capacité de Lapeyre à transformer ce rapprochement en avantage commercial. Son outil industriel et son réseau constituent des leviers, leur effet dépendra des moyens engagés et de l’exécution en magasin. Positionnement prix, renouvellement des collections, contenu des offres équipées, délais et qualité de service permettront de mesurer la portée du projet. Une meilleure coordination des achats et de la logistique pourrait donner à Lapeyre davantage de latitude pour renforcer son rapport équipement-prix ou enrichir ses propositions.
Il est toutefois prématuré d’y voir l’annonce d’une offensive commerciale. Pour l’heure, le communiqué ne détaille ni stratégie spécifique, ni investissement dédié. Mais ce sont les vraies questions qui seront à se poser en 2027 lorsque les futurs actionnaires de Lapeyre auront pris les manettes.