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Jean-Michel Jarre

Jarre Technologies

« J'ai eu envie de réfléchir à la création de la chaîne hi-fi de demain »

Précurseur dans la démocratisation de la musique électronique bien des années avant qu’elle ne connaisse un engouement  mondial, Jean-Michel Jarre franchi une nouvelle frontière. Remis en scène par le succès de la tournée mondiale « Oxygène », il engage son nom sur la nouvelle marque de produits audio : Jarre Technologies. A l’occasion d’un entretien accordé à Berlin, il nous explique les raisons et les choix qui animent ce nouveau défi.

Interview : Eric Shorjian

Crédit photo : Gérard Giaume

 

 

 

Quelle est la genèse de Jarre Technologies et de son premier produit : l’Aerosystem One ?
En tant que musicien, je suis frappé par le fait que depuis des années, le son n’a cessé de s’améliorer en studio alors qu’à l’inverse il a régressé à la maison. Nous sommes passés du vinyl qui était d’une qualité très bonne, au CD d’une qualité largement inférieure pour arriver au fichier MP3 qui est encore pire. Dans le même temps, la chaine Hi-Fi qui était il y n’y a pas si longtemps la pièce maitresse du salon s’est transformée en de petits haut-parleurs en plastique placés de chaque côté de notre ordinateur. On s’est ainsi éloigné un peu émotionnellement du son. Je pense d’ailleurs que l’une des raisons de la crise de la musique vient de là et pas seulement de la piraterie. Finalement la technologie a ouvert des portes mais elle en a fermé d’autres. Aujourd’hui on peut se ballader avec son contenu musical dans sa poche, c’est génial. Sauf que l’on ne sait plus trop bien où l’ancrer. On l’ancre un peu n’importe où.

Cette situation m’a donné envie d’essayer de réfléchir à réinventer, d’y contribuer en tous cas, à la création du « sound system », de la chaîne hi-fi de demain. Avec les ingénieurs qui travaillent avec moi en studio et sur scène, nous avons essayé de développer quelque chose qui puisse être adapté à l’oreille et aux conditions d’écoute d’aujourd’hui. Et en même temps s’échapper de la fatalité de la petite boite noire en plastique pour développer quelque chose qui soit esthétiquement cohérent d’où l’utilisation de matières comme le verre, le métal, le carbone…

Pourquoi l’Aerosystèm One a-t-il ce design particulier ?
L’option a été de partir sur l’idée d’une tour centrale, stéréo mais monobloc qui a l’avantage de tenir beaucoup moins de place à la maison ou même dans un studio. Il suffit de 30 cm2 au sol. On a une puissance d’écoute très importante. Aussi bien à bas qu’à haut niveau, le résultat est extrêmement probant et performant. Je pense qu’il n’y a rien d’équivalent sur le plan de la qualité et de la puissance dans les gammes de prix actuellement proposées.

Vous avez travaillé de longues années pour aboutir à ce résultat ?
Il y a eu environ cinq ans de développement. Mais nous n’allons pas simplement développer un seul produit. Cette chaîne là va être déclinée avec un grand modèle très puissant dont on pourra se servir pour de très grands espaces voire des concerts. Il y aura aussi une version plus petite pour les ordinateurs et « laptops » qui sera également très puissante et sans-fil.

Le premier accueil du projet ?
Le premier accueil me touche beaucoup. Il est plutôt extrêmement positif. Dans tous les pays d’Europe du Nord ou l’Aerosystem One a été lancé, en Allemagne, Benélux, Scandinavie, il a de très bonnes « reviews » techniques. En France, Colette l’a eu en exclusivité et maintenant cela va suivre dans d’autres magasins et d’autres pays vont démarrer. L’Angleterre, les Etats-Unis… Mais nous ne sommes pas pressés. Nous avons une attitude très artisanale et un processus industriel high-tech très pointu. Ce qui est bizarre, c’est de voir à quel point il y a peu de musiciens qui sont impliqués par les grandes sociétés pour le matériel audio. Et moi, je ne suis pas que l’ambassadeur de la marque, je suis vraiment impliqué technologiquement dedans. Je pense que les musiciens sont mieux placés que personne pour le rendu musical d’un matériel audio.

A ma connaissance, c’est la première fois qu’un musicien connu crée une marque de matériel audio avec une implication aussi importante. Vous engagez votre nom dans une marque à vocation mondiale, n’est-ce pas un risque ?
C’est une chose que je ne ferais qu’une seule fois et c’est la première fois que je le fais. C’est une marque qui porte mon nom et donc j’ai la responsabilité au niveau de la technique mais aussi d’une certaine philosophie de fabrication et de gammes de prix. L’idée est d’offrir au public le plus large quelque chose qui soit raisonnable au niveau du prix et qui, pourtant, puisse être de la meilleure qualité possible.

Vous avez été relancé par la ré-édition de l’album Oxygène et une série de concert à la salle Marigny suivi par des concerts dans le monde entier. Quels sont vos projets actuellement ?
Je suis en pleine une tournée. J’ai démarré une nouvelle partie en Scandinavie et en Angleterre. Puis la France avec 17 dates entre octobre et novembre. Ensuite ce sera les Etats-Unis, l’Amérique du Sud, l’Australie, la Chine jusqu’à fin 2011. C’est vraiment la première tournée mondiale que je fais. A une époque où beaucoup de gens de ma génération font des tournées d’adieux, je fais une tournée de débutant… C’est la première tournée faite de cette manière là. 

C’est une idée que j’avais depuis longtemps et que la technologie me permet de réaliser aujourd’hui. A savoir : apporter la magie des concerts à l’extérieur dans de grandes salles comme Bercy à Paris ou O2 à Londres. Ces salles qui n’existaient pas à l’époque de la sortie d’Oxygène permettent aujourd’hui de pouvoir offrir des conditions de « live » fantastiques avec des instruments qui font partie de la mythologie de la musique électronique et qui ont un son absolument incroyable. Je crois que nous avons un des meilleurs sons qui soit actuellement sur les tournées. Il y a aussi une scénographie tout à fait nouvelle avec la reprise des morceaux les plus connus de mon répertoire mais aussi des nouveaux morceaux tout en laissant la place à l’improvisation et à la spontanéité pour s’échapper un peu des formats pré-enregistrés et pré-mixés. Il n’y a pas d’ordinateurs sur scène, vraiment tout est live.

Des projets d’albums ?
Il se trouve que j’ai malheureusement perdu mon papa et ma maman cette année… Cela m’a décalé émotionnellement dans la manière de créer de la musique. Mais je suis en train de travailler dessus. L’idée est pouvoir avancer l’album au fur et à mesure de la tournée en testant des morceaux sur scène pour une sortie dans le courant du premier semestre 2011.

Sur votre site web, vous incitez vos fans à réinterpréter votre musique… Quelle place occupent les réseaux sociaux, Internet pour vous ?
Les réseaux sociaux sont une nouvelle manière de toucher le public. On se rend bien compte que les réseaux traditionnels, notamment dans l’industrie de la musique, ne sont plus adaptés à notre société. Internet est aujourd’hui un outil comme un autre. Il faut utiliser les réseaux sociaux, ne pas en abuser. Pour un artiste, c’est une manière de communiquer avec son public beaucoup plus affectif, plus directe et beaucoup plus réelle au fond. Avant, dans l’industrie de la musique, on faisait des lancements avec un public potentiel qui était le monde. On se disait, on lance un peu au hasard et on verra bien qui va s’intéresser. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux cela à complètement changé. Il y a un public qui vous suit. Et ce public, il faut le respecter. Au-delà des liens commerciaux, vous partagez là des liens affectifs. C’est un peu comme une famille, et sur ce point de vue c’est vraiment très positif…

 

Entre deux concerts en Europe, Jean-Michel Jarre avait fait le déplacement sur le stand Jarre Technologies dont c’était la première participation à un salon pour le lancement de l'Aerosystem One. La prochaine présence de la marque sur un salon professionnel sera très certainement au CES de Las Vegas avec le lancement de la marque sur le marché américain.

Malgré un timing très serré, enchainant interviews pour les télévisions européennes, il a eu l’extrême gentillesse de prendre le temps de nous accorder un entretien exclusif pour expliquer ses choix aux lecteurs de Neomag.


 

 

 

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