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Fabrice Filleur

Directeur Général Euronics France

« Une enseigne ne peut être forte que si elle est homogène »

La convention  d’octobre a-t-elle marqué un tournant chez Euronics France? Oui selon son Directeur Général, Fabrice Filleur. Dans un entretien exclusif accordé à Neomag, il explique pourquoi le modèle de distribution actuel ne fonctionne plus, détaille les solutions pour un avenir qu’il voit restreint à cinq enseignes, et revient sur le rachat de Disposelec.

 

La convention Euronics France sest achevée le 8 octobre dernier. Quel en est le bilan ?

Tout d’abord, il faut noter le bon taux de participation, 60%, supérieur à celui de la convention d’avril. Et c’est la première fois en 25 ans que j’envoie un  mail à tous les adhérents, où je leur dis merci pour les deux journées qu’ils m’ont fait vivre.

 

En quoi cette convention a-t-elle été exceptionnelle ?

J’ai senti un déclic. Alors que le mois de septembre a été mauvais, j’ai vu des adhérents réalistes sur les chiffres mais qui avaient le sourire. Et l’envie d’investir. J’ai passé deux jours complets sur le stand de notre enseigne, je n’ai même pas eu le temps d’aller voir nos partenaires parce que je rencontrais des adhérents qui avaient des projets. Ils m’ont dit : nous avons compris le message, nous allons investir, ouvrir un second magasin,  implanter un rayon micro-informatique, jouer la carte du cross-canal…Toute mon équipe est sortie boostée de la convention, grâce à l’état d’esprit de nos adhérents.

 

Déclic, message compris… Que s’est-il passé ces derniers mois ?

Cela fait un an que nous connaissons des chiffres qui ne sont pas bons , que ce soit pour la distribution dans son ensemble, ou dans notre réseau. Le moral était au plus bas. Nous avions senti cette morosité lors de notre convention d’avril, et lors de notre séminaire d’Opio, en mai, nos adhérents ont clairement exprimé leurs doutes. Ils ont posé beaucoup de questions, y compris sur la stratégie que nous avions mise en place il y a quatre ans… La baisse des marges, internet, pourquoi Euronics City, la micro-informatique… Nous n’avons occulté aucun sujet. Et cette convention a été la confirmation que pour notre réseau, l’heure était désormais à l’action et plus aux questions.

 

"C’est le moment ou jamais de réinvestir dans son point de vente"

 

La micro-informatique, les bornes interactives… Tous vont y venir ?

Oui. Les derniers magasins qui hésitaient vont installer un rayon micro. Nous avons des chiffres qui prouvent que ça marche, et que l’on fait de la marge. Et les bornes interactives vont se généraliser car le multicanal est une nécessité.

C’est le moment ou jamais de réinvestir dans son point de vente. Il n’y a plus d’espoir pour un commerçant qui va se contenter d’un alignement prix/produit. Quel est l’intérêt pour un consommateur se rendant dans un magasin de 300 m2 où il va voir juste  des produits et des étiquettes ? Aucun… Nos magasins doivent être un lieu de rencontre entre des conseillers et les besoins des consommateurs.  En magasin, il peut voir le produit, se faire expliquer l’usage par rapport à son besoin,  trouver les solutions et les services. Les Pure players ne savent pas simplifier l’usage. Nous si…

 

Investir en période de crise, n’est-ce pas risqué ?

Notre réseau est composé d’entrepreneurs. Ils connaissent le risque. Mais combien de temps peut-on tenir avec des années à moins treize pour cent de CA ? Tant qu’il reste de la trésorerie, il faut investir dans son magasin. Il ne faut pas nécessairement tout changer mais modifier le mobilier, l’éclairage, la mise en valeur des produits, le comportement des vendeurs….

 

Vous avez trois enseignes. Pourquoi pas une seule ?

Certes il vaut mieux avoir une enseigne forte que trois. Nous avons créé Euronics et Euronics City pour avoir un réseau homogène. Le problème des indépendants, c’est qu’ils ne sont pas homogènes. Nous sommes une enseigne reconnue mais est-elle forte ? Je ne le pense pas et cela est valable pour toutes les enseignes d’indépendants. Prenons les enseignes d’indépendants dans l’alimentaire, le sport, l’optique, ils ont des enseignes fortes.

 

"Je crois que dans dix ans, il y aura cinq intervenants maximum, tous types confondus, dans l’électrodomestique"

 

Vous avez l’homogénéité avec Euronics City et Euronics mais pas le nombre... Le nombre avec Gitem mais pas l’homogénéité...

C’est un choix cornélien. Nos adhérents Gitem comprennent cette problématique, voient les résultats d’une stratégie d’homogénéisation. Mais l’heure n’est pas encore à la signature de contrats tels que ceux signés avec Euronics City ou Euronics. Mais cela viendra…Sans que nous l’imposions.

 

Qu’est-ce qui  l’imposera ?

Je crois que dans dix ans, il y aura cinq intervenants maximum, tous types confondus, dans l’électrodomestique.  Les indépendants se sont déjà fait exclure des grandes métropoles. C’est un sujet crucial. La montée en puissance d’Internet a balayé toutes les certitudes que nous avions dans la profession. Celui qui n’aura pas un site internet puissant ne sera pas consulté et donc ne sera pas visité en magasin. Il faut un même message, sur internet et en magasin. Il faut homogénéiser le parc. Il ne s’agit pas de dire que ce sont les petits qui sont morts. Tous sont concernés… Même les grands se posent des questions, voire peuvent disparaitre. A nous d’être parmi ceux qui resteront.

 

"Dans les mois qui viennent, la distribution sélective peut être remise en question"

 

Peut-on  encore gagner de l’argent dans ce métier ?

Oui bien sûr ! Mais il faut quitter la culture du raisonnement « coefficient produit » pour entre dans celle du résultat en euros. Avec la première, on ne fait jamais de micro-informatique.

 

Vous évoquez également la possible fin de la distribution sélective ?

Récemment l’Autorité de la Concurrence s’est saisi des contrats de distribution sélective. Le gouvernement n’a plus qu’un objectif, c’est celui de faire baisser les prix. Mais qui crée les emplois ? Amazon ou notre distribution… Le lobbying des sites Internet, via la Fevad, est plus fort que celui du commerce physique. Alors oui, dans les mois qui viennent, la distribution sélective peut être remise en question.

 

"Avec Essentiel B, nous avons une marque qui fait de la pub TV, et qui n’est pas chez les hard-discounters"

 

Et les produits exclusifs ?

Ça c’est légal et ça le restera. Je crois aux produits exclusifs. Et aux marques distributeurs sur certaines catégories de produits. Depuis que nous le faisons, grâce à notre partenaire Boulanger, nous sommes présents en premier prix et nous gagnons de l’argent. Certes, les fabricants n’aiment pas les MDD. Mais si les consommateurs, notamment en électroménager, entraient dans le magasin en disant : "Je veux la marque X", cela se comprendrait. Mais nos marques ne sont pas assez fortes pour que ce soit le cas. Avec Essentiel B, nous avons une marque qui fait de la pub TV, et qui n’est pas chez les hard-discounters.

 

L’actualité chez vous, c’est aussi le rachat de Disposelec

C’est une belle entreprise, qui a du savoir-faire. Quand nous avons su cet été que la société était en difficulté, nous n’avons a pas hésité. Il y a des magasins indépendants derrière, on les laisse tomber ? Et tout ce qui permet de gagner des parts de marché, d’augmenter nos volumes, doit être pris.

 

Certains disent que cet achat n’est pas rentable ?

Alors nous n’avons pas les mêmes chiffres, ou plutôt pas la même façon de les analyser. Notre offre a été retenue car nous n’avions pas d’entrepôt et que notre proposition gardait dix emplois en plus que l’offre concurrente.

 

"Nous avons également fait une offre sur Calvez Electromenager..."

 

Vous avez quelques centaines de comptes client chez Euronics. Il y en a 3 500 chez Disposelec…

Nous allons faire un gros ménage. Regarder la typologie de clients. Nous ne garderons pas les clients qui font du mal aux revendeurs indépendants. En revanche, il y a des compétences qui nous intéressent, notamment dans le domaine des antennes ou de la téléphonie.

 

Dans Dispolec, se trouve l’enseigne Présence, qui compte 40 magasins. Allez-vous la conserver, voire la développer ?

Peut-être... Une enseigne a une raison de se développer si elle a un message particulier. Nous allons voir si celui-ci existe et ce qu’il a de différenciant par rapport à nos trois enseignes existantes.

 

Y-aura-t-il d’autres acquisitions ?

Nous avons fait une offre également sur Calvez Electromenager. Et il y en a d’autres à l'étude en effet…

 

Cet été Hubert Fabien a été reconduit pour trois ans à la Présidence d’Euronics France ? Quel est votre sentiment ?

Je suis très heureux qu’Hubert Fabien soit réélu, d’autant plus qu’il m’a demandé de rester Directeur Général (sourire). La réélection s’est faite assez largement parce que Hubert Fabien est un homme de consensus et de convictions, ouvert sur l’extérieur. Il a œuvré au rapprochement avec Boulanger, il est à l’écoute de tous les adhérents, qu’ils aillent bien ou mal. Et cette réélection est  la confirmation de la stratégie initiée il y a quatre ans.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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