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Philippe Corrot

Co-fondateur et Directeur général de Mirakl

« La marketplace constitue l’un des piliers essentiels d’une stratégie multicanale réussie »

Alors qu’Uber France a suspendu son service UberPop début juillet, c’est tout un modèle économique qui est aujourd’hui remis en cause. Car les places de marché qui mettent en relation directe le consommateur avec un prestataire sont loin de ne concerner que le secteur des transports. Amazon, Fnac.com, ou encore Cdiscount ne sont que des exemples parmi d’autres et leur croissance se révèle bien supérieure à celle des e-commerçants « classiques ». Dans ce contexte, le commerce de grande consommation est-il contraint d’évoluer ? Les marques vont-elles prendre le contrôle au détriment des enseignes ? Les marketplaces peuvent-elles constituer un levier de croissance pour le e-commerce, mais aussi pour le magasin physique ? Philippe Corrot, Co-fondateur et Directeur général de Mirakl et expert de l’économie numérique nous livre son point de vue.

 

Propos recueillis par Sandra Nicoletti

 

 

Neomag : Vous êtes Co-fondateur et Directeur général de Mirakl. Pouvez-nous présenter la société en quelques mots ?

Philippe Corrot : La société a été créée en 2012 avec une ambition : être le catalyseur de la révolution marketplace qui est en train de transformer le paysage du e-commerce traditionnel. Notre rôle est d’accompagner les commerçants et e-commerçants dans leur place de marché, en leur fournissant les outils nécessaires à leur développement. En trois ans, la société a pu partager sa vision avec des clients aux quatre coins du globe, présents dans 15 pays. Elle s’est étendue en ouvrant des filiales au Royaume-Uni et aux Etats-Unis et compte désormais 50 collaborateurs. Fort de son statut de leader mondial des solutions de marketplace en SaaS, Mirakl continue de croître et d’innover pour répondre à la demande croissante du marché.

 

« Pour les magasins de grande consommation, les places de marché permettent d’optimiser la chaîne logistique »

 

Neomag : Il est vrai que les marketplaces sont devenues incontournables dans les habitudes d’achat en ligne. Pourtant, en juillet dernier, et face aux pressions politiques, le Directeur général d’Uber France a du suspendre son service UberPop, une place de marché pourtant largement plébiscitée par les utilisateurs. Comment expliquez-vous cette décision ?

Philippe Corrot : En France, le cas Uber a atteint un niveau de violence hors du commun et c’est très certainement cette violence qui est à l’origine de la suspension du service UberPop. Il est primordial que les politiques comprennent la marketplace pour leur donner un cadre. Ils doivent l’accompagner pour lui permettre d’exister et de perdurer. Les places de marché, à l’image d’UberPop, présentent de nombreux atouts, et pas seulement dans le secteur des transports. Uber a donné naissance à un modèle économique très différent qui facilite la vente et l’achat de biens et de services. Pour les magasins de grande consommation, elles permettent notamment d’optimiser la chaîne logistique. En mettant en relation directe le consommateur avec un prestataire de service, le magasin supprime un maillon de la chaîne, il économise des coûts de logistique, mais aussi des coûts de stockage et retrouve ainsi de la marge.

 

Neomag : Quelle est aujourd’hui l’importance des places de marché dans le e-commerce ?
Philippe Corrot 
: Les places de marché se révèlent être d’importants leviers de croissance pour les e-commerçants. Selon une étude de la Fevad et de Médiamétrie, les cinq premiers sites de e-commerce les plus visités en France sont Amazon, Cdiscount, Fnac.com, e-Bay et Priceminister, autrement dit des sites qui ont ou sont des places de marché. Entre 2012 et 2014, la part des transactions réalisées par les marketplaces sur les sites de e-commerce est ainsi passée de 10% à 21%, soit une croissance deux fois plus rapide que celle de la vente en ligne classique.

 

« La marketplace représente une réelle opportunité pour les marchands d’augmenter leur chiffre d’affaires »

 

Neomag : Est-ce à dire que le modèle commercial « classique » est amené à disparaître ?

Philippe Corrot : Le point de vente physique continuera d’exister, mais il doit évoluer pour s’adapter à un consommateur de plus en plus exigeant et toujours plus informé. Et le développement des sites Internet des enseignes en est un premier pas. Internet permet aux enseignes d’élargir leur offre, dans un contexte économique difficile où beaucoup sont contraints de réduire leur surface de vente. Mais bien souvent, la concurrence des prix fait rage sur la toile. Et c’est là que les marketplaces prennent tout leur sens car elles favorisent la multiplication de l’offre, sans contrainte sur les stocks ni sur l’espace de vente. En permettant à des vendeurs partenaires de proposer leurs produits sur son site de e-commerce, le magasin élargit son offre, tout en faisant baisser les prix, et préserve un point fondamental du commerce : la qualité de service rendu aux clients. En ce sens, la marketplace représente une réelle opportunité pour les marchands d’augmenter leur chiffre d’affaires et constitue l’un des piliers essentiels d’une stratégie multicanale réussie.

 

Neomag : Cette dématérialisation du commerce peut-elle conduire à une prise de contrôle des marques ?

Philippe Corrot : La vente directe au consommateur n’est pas une nouveauté, c’est une réalité. On le voit déjà avec Apple depuis un certain temps. Elle se fait parfois même dans les magasins par le biais d’espaces dédiés aux marques, à l’image de Bose avec son stand à la Fnac pour ne citer qu’un exemple. Prenez le cas des Galeries Lafayette, le magasin est en partie constitué d’espaces de marques qui vendent leurs produits en direct. Dans ce contexte, les Galeries Lafayette sont une place de marché physique.

 

« Une valeur ajoutée pour le commerce on-line et off-line »

 

Neomag : On aura compris l’intérêt pour les magasins de créer leur propre place de marché pour développer leur chiffre d’affaires. Mais comment voyez-vous l’avenir du commerce ?

Philippe Corrot : Le commerce est contraint d’évoluer pour s’adapter aux nouvelles habitudes de consommation. Je pense que nous nous dirigeons vers trois modèles. Un premier qui réunit les gros e-commerçants que nous appelons « continentaux », à l’image d’Amazon, Alibaba, etc. Un deuxième modèle constitué de magasins physiques, où le web va prendre de plus en plus d’importance avec la nécessité d’avoir une véritable synergie entre ces deux canaux. Et enfin les pure players on-line qui, pour être légitimes sur Internet, ont besoin de partenaires et donc de la marketplace.

Les places de marché ont encore un fort potentiel de développement. Elles ne doivent pas être pensées comme une menace, mais bel et bien comme une valeur ajoutée pour le commerce on-line et off-line.

 

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