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Conjoncture

Défaillances d’entreprises en 2013 : beaucoup de petits commerces

La société Altares a publié son bilan 2013 des défaillances d’entreprises. Et le nombre d’entre elles dépasse les 60 000. Beaucoup ont touché les TPE et notamment les magasins. En cause, une trésorerie exsangue et des capacités d’investissement quasinulles. Quelles sont ces entreprises ? Dans quel secteur évoluent-elles ? Dans quelles régions ? Réponse détaillée avec Thierry Millon, Responsable des études chez Altares.

 

Pour celui-ci, « Si 2009 demeure le référentiel de crise pour beaucoup d’acteurs économiques B2B, 2013 pourrait bien devenir le marqueur pour nombre de décideurs B2C. Asséchées par une succession de crises depuis cinq ans, de nombreuses entreprises avaient rendu les armes en fin d’année 2012, laissant augurer d’une année 2013 bien compliquée. Le fait est que 2013 a confirmé que les plaies de 2009 n’avaient pas cicatrisé. Le niveau des défaillances d’entreprises reste comparable à celui de 2009, et plusieurs régions et secteurs signent de nouveaux records de sinistralité. Pourtant, si l’industrie, et par extension le B2B, avait payé le plus lourd tribut à la crise de 2009, ce sont désormais les TPE et les acteurs B2C qui portent les stigmates des tensions économiques du moment. »

Le manque d’activité a scellé le sort de nombreuses sociétés fragilisées depuis la crise. Près d’un tiers des sociétés défaillantes en 2013, n’ont pas publié de bilan depuis au moins 2010, réaction défensive généralement adoptée pour masquer une situation délicate. La moitié présentait un compte d’exploitation déficitaire et manquait gravement de trésorerie. En panne de cash, les deux tiers des entreprises défaillantes ont tenté de jouer du crédit fournisseur et retarder leurs règlements fournisseurs de plus de 15 jours.

« Les sociétés plus importantes, développant plus de 15 M€ de chiffre d’affaires, ne sont pas totalement épargnées puisque près de 180 d’entre-elles, soit autant qu’en 2009, ont défailli cette année. Mais là, tout autant que la difficulté à garnir un carnet de commande, c’est la structure financière qui fait défaut. La moitié des sociétés présentait sur le dernier compte disponible une exploitation déficitaire. Les fonds propres sont par ailleurs épuisés et représentent en moyenne moins de 12 % du total bilan. Difficile dans ces conditions, non seulement d’envisager durablement de poursuivre l’activité mais pas davantage de réussir la sortie de procédure collective, c’est-à-dire rembourser le passif et rentabiliser l’exploitation. » explique Thierry Millon.

 

Le seuil des 60 000 cessations de paiement a été franchi en 2013

Le seuil des 60 000 cessations de paiement a été franchi cette année pour la première fois depuis 2009, qui en avait connu 62 300. 61 468 Redressements Judiciaires (RJ) ou Liquidations judiciaires (LJ) directes ont été ouverts par les tribunaux ; un nombre en augmentation de 2,8 % par rapport à 2012.

A ces RJLJ, s’ajoutent 1 633 ouvertures de sauvegarde (+ 9 %). Ce sont donc 63 101 défaillances qui auront été prononcées cette année (+ 3 %), un nombre très proche de celui observé en 2009 (63 709).

La fin de l’année semble vouloir exprimer une meilleure tendance avec un arrêt de la hausse des RJLJ. Cependant, encore 16 000 défaillances ont été prononcées sur le dernier trimestre, un volume comparable à celui des quatrièmes trimestres 2008 et 2009.

 

68 % des jugements sont des liquidations directes en 2013

Les ouvertures de sauvegardes augmentent (9 %) trois fois plus vite que celles des RJLJ (3 %), mais ne représentent toujours qu’à peine 3 % de l’ensemble des procédures prononcées. L’essentiel des jugements (68 %) sont des liquidations judiciaires directes.

La plupart des entreprises se présentent en effet devant le tribunal tardivement et dans une situation financière irrémédiablement compromise. Ce constat est particulièrement vrai pour les structures les plus modestes. Près de 20 % des micro-entreprises sans salarié se voient immédiatement liquidées par le tribunal ; c’est l’inverse pour les sociétés de plus de 50 salariés, plus de 80 % sont autorisées à poursuivre leur activité pour tenter de mettre en place un plan de remboursement (redressement) ou de cession.

Cette possibilité de redressement offerte à ces PME-ETI est essentielle pour le maintien de l’économie et de l’emploi sur les territoires. En effet, si ces sociétés de plus de 50 salariés concernent seulement 1 % de l’ensemble des défaillances, elles représentent en revanche 25 % des emplois menacés (66 000 sur 269 000 en 2013).

 

Des niveaux record pour plusieurs secteurs du B2C

L’atonie de la consommation des ménages pèse dans de nombreux secteurs, en particulier ceux orientés B2C. Dans plusieurs activités, le nombre des défaillances d’entreprises 2013 dépasse celui constaté en 2009. C’est le cas pour le commerce de détail. 8 523 commerçants ont déposé le bilan en 2013. Cela représente une augmentation de + 4,5 % par rapport à 2012. En 2009, ce secteur avait atteint 8 200 défaillances, volume jamais dépassé depuis. 694 magasins multi-rayons (+ 9 %) ont déposé le bilan en 2013, c’est 25 % de plus qu’en 2009 ; 200 ont défailli sur

le seul dernier trimestre (+ 18 %). Parmi ces magasins, le commerce d’alimentation générale concentre l’essentiel (509).

Les activités de bricolage et équipements du foyer accusent une augmentation de 10 % sur l’année (1 632) et encore + 6 % sur les trois derniers mois. Le commerce d’habillement n’est pas épargné avec 1 397 dépôts de bilan (+ 5 % en 2013 après + 5 % en 2012) en dépit d’un bon dernier trimestre (- 6 %).

Le commerce d’optique et soins à la personne se redresse en fin d’année (- 13 %), mais avec 366 défaillances en 2013 (+ 2,2 %), enregistre un nombre de RJLJ supérieur de 17 % à celui constaté en 2009.

Les services aux particuliers sont eux-aussi touchés fortement par la panne de consommation des ménages. Ce secteur compte 2 634 RJLJ (+ 8,4 % en 2013) dont 1 737 sur la seule activité des coiffeurs, soins de beauté et corporels (+ 13,1 %).

La restauration franchissait le cap des 5 000 dépôts de bilan en 2009. 2013 établit un nouveau record à 5 700 RJLJ (+ 6,6 %).

La restauration traditionnelle concentre les deux tiers des procédures et s’inscrit sur des tendances plus sévères (+ 9 %) qu’en restauration rapide (+ 1 %). La situation se tend encore en fin d’année pour la restauration traditionnelle (+ 8 %) tandis que la restauration rapide se détend (- 6 %).

 

Sur plus du tiers du territoire le spectre de 2009 refait surface

L’ Aquitaine (+ 5,6 %), le Nord-Pas-de-Calais (+ 6,9 %) et les Pays de la Loire (+ 11,5 %) comptent chacune plus de 3 000 RJLJ en 2013, soit un niveau supérieur au record de 2009. C’est également le cas des régions Centre (+ 3,8 %) et Midi-Pyrénées (+ 6,8 %) au-delà de 2 000 procédures ouvertes. Sous les 2 000 jugements annuels, l’Auvergne (+ 8,8 %), la Champagne-Ardenne (+ 2,2 %) et la Haute-Normandie (+ 13,3 %) enregistrent également des volumes de dépôts de bilan supérieurs à ceux relevés en 2009.

En Rhône-Alpes, le nombre d’entreprises ayant obtenu un RJ ou une LJ augmente encore de 5,2 % en 2013 (6 260) après avoir déjà crû de 6 % en 2012. Toutefois, la région reste en-dessous des chiffres de l’épisode très sévère de 2009 (6 627).

 Le volume des RJLJ s’ équilibre, en revanche, aux environs de 1 600 en Alsace (- 0,3 %), 11 500 en Île-de-France (+ 1,3 %), 3 300 en Languedoc-Roussillon (+ 0,1 %), 6 200 en Provence-Alpes-Côte d’Azur (1,5 %).

Les dépôts de bilan sont en baisse en Basse-Normandie (- 5,0 %), dans le Limousin (- 3,2 %) et en Lorraine (- 3,8 %) mais aussi

en Bourgogne (- 1,6 %) et en Picardie (- 12,8 %), deux régions qui avaient connu une année 2012 difficile.

 

2014 encore sous tension avec plus de 15 000 défaillances pour les 3 prochains mois

« 2014 s’annonce une fois encore sous tension. Beaucoup d’entreprises sont en train de clôturer un bilan fragile et devront redoubler d’efforts pour convaincre leurs partenaires financiers et commerciaux. Le premier trimestre, comme le dernier, est traditionnellement lourd en termes de défaillances ; 15 à 16 000 entreprises pourraient devoir déposer le bilan ces trois prochains mois. Cela nous projetterait sur environ encore 60 000 défaillances sur l’ensemble de l’année, en légère baisse par rapport à 2013.

Les fournisseurs devront donc toujours être très vigilants sur la gestion de leur risque client (une défaillance sur quatre est due à des retards de paiement de leurs clients), mais devront aussi être prêts à saisir toutes les opportunités que suggère ce léger mieux sur les défaillances d’entreprises.

Les décideurs devront faire preuve d’une grande agilité pour prendre rapidement les bonnes décisions au bon moment et gagner le pari de la reprise, même poussive ! » conclut Thierry Millon.

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